Je collabore à plusieurs blogs :
Il y en a un pour le magazine avec lequel je collabore, c’est Standard magazine.
http://standardmagazine.blogspot.com/
Le numéro de décembre, qui vient de paraître, concernait la féerie.
Pour eux, j’ai proposé un reportage sur la forêt de Brocéliande. Je voulais passer une nuit dans la forêt, sans tente, pour vérifier si les esprits des bois étaient toujours présents. Au final, un petit article bien sympa, à lire en ce moment dans les kiosques :
E N V I R O N N E M E N T • E N V E R T E T C O N T R E T O U T
TITRE :
M I N U I T D O U Z E D A N S L E J A R D I N
Au clair de la lune, notre reporter a prêté sa plume
à la forêt de Merlin l’Enchanteur, sept mille hectares de chênes
et de hiboux aujourd’hui menacés par une pollution pas réellement féerique.
Fin octobre, nuit de la pleine lune dans la forêt de
Brocéliande (Ille-et-Vilaine). A quarante kilomètres à
l’ouest de Rennes, il est bientôt minuit et j’attends les
fées depuis déjà deux heures. Couchée sur un tapis de
sol, emmitouflée dans un duvet résistance -30 °C, les
esprits du bois m’apparaîtront-ils ? Les visiteurs du
Centre arthurien de Brocéliande sont chaque année
plus nombreux, trente mille en 2007. Que cherchent-ils
Claudine Glot, fondatrice du Centre et spécialiste
des légendes locales, le devine : « Les gens viennent ici
pour se ressourcer, retrouver leurs racines, se rattacher à
une histoire très ancienne : le tombeau de Viviane, par
exemple, est une sépulture mégalithique construite il y a
4 500 ans. A cet héritage celtique s’ajoute les Romans de
la Table Ronde, écrits entre 1170 et 1190 par Chrétien
de Troyes, dont une partie [notamment Yvain ou le
Chevalier au lion] se passe dans cette forêt même, en
"Petite Bretagne". »
Le terrain de jeu de Merlin pourrait toutefois, et sans
sortilège, disparaître : en 2006, la société Smictom
a obtenu l’autorisation d’y construire une usine de
broyage et compostage d’ordures ménagères d’une
surface de plus de 11 000 mètres carrés, de vingt
mètres de hauteur. Deux associations, SOS Brocéliande
et Sauvegarde de Brocéliande, supportées par une
cinquantaine de particuliers, ont déposé un recours
au tribunal administratif de Rennes pour contester
la légalité du permis de construire. Le 24 août dernier,
les travaux ont été stoppés, les associations ayant réussi
à prouver que le permis de construire n’était pas légal.
L’Etat a été condamné à dédommager les associations.
Jean-Pierre Le Thiec, président de SOS Brocéliande,
commente cette levée de boucliers : « La forêt de
Brocéliande est classée "zone naturelle d’intérêt
écologique". Malgré cela, n’a été réalisée aucune
étude sur les dégradations environnementales, aucune
enquête auprès des habitants, aucun rapport sur les
lieux avoisinant l’usine. » Smictom ayant déposé un
deuxième permis de construire, les défenseurs du bois se
retroussent les manches.
Morgane, fée libérée
Du haut d’un Moyen Age mythologique, Brocéliande
l’épaisse s’est depuis presque domestiquée : furent
extraits de ses entrailles des minerais de fer, furent
brûlées ses branches pour faire du charbon. Ses plus
grands arbres, plusieurs fois centenaires, se sont éteints
avant 1850 dans les fourneaux des forges. Autour de
moi, dans la clarté d’une lune pleine, je ne vois pas à dix
mètres, dans la noirceur des taillis. Pourtant, j’écarquille
les yeux au moindre bruit. Serait-ce Morgane, la fée
guerrière, dont l’ancien nom celtique est « Morrigan » ?
Morgane, qui fit construire son château au coeur
de Brocéliande pour y étudier, dit-on, la magie et la
nécromancie ?
Depuis l’immémoriale époque celte, le folklore breton
(également nommé « la Matière de Bretagne ») est
imprégné de cette vénération de la mort. On raconte
que sur les chemins de Brocéliande roule, la nuit, une
charrette grinçante. Celui qui l’entend ou l’aperçoit
ne revient pas vivant. Je tends l’oreille. Morgane, fée
de la mort, n’était pas mariée et choisissait ses amants
parmi de jeunes combattants. Le XIXe siècle puritain est
passé par-dessus cette légende, faisant d’elle une femme
corrompue et dangereuse, ayant couché avec son père.
Dans le roman de Chrétien de Troyes, Morgane apparaît
surtout comme une femme libre.
Dans la forêt lointaine
Un gland tombe à côté de moi. Mon coeur s’arrête.
Il faut que je m’habitue car il pleut des glands toutes
les deux minutes. Au loin, un long mugissement : le
brame d’un cerf mâle marquant son territoire pendant
la période des amours. Que disait Claudine Glot à
propos de ce noble animal ? « Merlin l’Enchanteur
avait la particularité de se déplacer très vite dans la forêt,
qui lui obéissait. Il prenait l’apparence d’un cerf pour
aller conseiller. » Merlin, moitié dieu, moitié homme,
pouvait faiblir pour l’amour d’une femme. Pour celui de
Viviane, dont il restera éperdument amoureux, il bâtit
un immense palais sous les eaux d’un lac, où il se fera
enfermer pour toujours.
Est-ce alors le souffle de Merlin, dans le froissement des
feuilles ? La nuit où l’Enchanteur entraîna Arthur et ses
Chevaliers, de Grande-Bretagne jusqu’ici, était, paraît-il,
celle de Noël. Merlin dévoila que le Saint Graal, cette
coupe merveilleuse contenant le sang du Christ, avait
été transporté en Petite Bretagne et qu’on avait perdu sa
trace. Ainsi, Lancelot, Gauvain, Perceval, Yvain et tant
d’autres partirent à sa recherche pour le ramener au
château de Carduel. « La forêt est le lieu du merveilleux,
continue notre conteuse, à la fois magnifique et terrible.
C’est un lieu de passage entre les vivants et les morts,
entre les fées, les esprits et les humains. Dans les légendes
arthuriennes, celui qui a le courage d’affronter la forêt
– c’est le lieu de toutes nos angoisses, de nos peurs les plus
profondes – trouvera la richesse et la fortune. »
Il est 1h36. Cela fait cinq heures que je scrute tant de
noir. Pas de fées pour ce soir mais d’effrayants bruits
d’animaux. Je reviendrai guetter les fées au solstice
d’été, près des cours d’eau. Sauf si, d’ici là, une décharge
remplace la forêt.
—
Texte Estelle Cintas (à Brocéliande)
Photographie Mélanie Magassa
A Lire sur le sujet : Claudine Glot et Marie Tanneux
Contes et légendes de Brocéliande (Éd. Ouest France)
4 commentaires:
Standard a l'air tout sauf standard…
Tu as le numéro de téléphone de Morgane ? :P
@Alex : Oui, c'est un magazine un peu... décalé!
PetitBoss : Nan, j'ai galéré avec l'attachée de presse et ya pas moyen. Morgane est OVER BOOKEE en ce moment.
féch… je vais mettre une annonce dans Libé et dans le Chasseur français :P
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