lundi 10 décembre 2007

Un reportage sur Brocéliande

Je collabore à plusieurs blogs :

Il y en a un pour le magazine avec lequel je collabore, c’est Standard magazine.

http://standardmagazine.blogspot.com/

Le numéro de décembre, qui vient de paraître, concernait la féerie.

Pour eux, j’ai proposé un reportage sur la forêt de Brocéliande. Je voulais passer une nuit dans la forêt, sans tente, pour vérifier si les esprits des bois étaient toujours présents. Au final, un petit article bien sympa, à lire en ce moment dans les kiosques :

E N V I R O N N E M E N T • E N V E R T E T C O N T R E T O U T

TITRE :

M I N U I T D O U Z E D A N S L E J A R D I N D U B I E N E T D U M A L


Au clair de la lune, notre reporter a prêté sa plume

à la forêt de Merlin l’Enchanteur, sept mille hectares de chênes

et de hiboux aujourd’hui menacés par une pollution pas réellement féerique.



Fin octobre, nuit de la pleine lune dans la forêt de

Brocéliande (Ille-et-Vilaine). A quarante kilomètres à

l’ouest de Rennes, il est bientôt minuit et j’attends les

fées depuis déjà deux heures. Couchée sur un tapis de

sol, emmitouflée dans un duvet résistance -30 °C, les

esprits du bois m’apparaîtront-ils ? Les visiteurs du

Centre arthurien de Brocéliande sont chaque année

plus nombreux, trente mille en 2007. Que cherchent-ils?


Claudine Glot, fondatrice du Centre et spécialiste

des légendes locales, le devine : « Les gens viennent ici

pour se ressourcer, retrouver leurs racines, se rattacher à

une histoire très ancienne : le tombeau de Viviane, par

exemple, est une sépulture mégalithique construite il y a

4 500 ans. A cet héritage celtique s’ajoute les Romans de

la Table Ronde, écrits entre 1170 et 1190 par Chrétien

de Troyes, dont une partie [notamment Yvain ou le

Chevalier au lion] se passe dans cette forêt même, en

"Petite Bretagne". »


Le terrain de jeu de Merlin pourrait toutefois, et sans

sortilège, disparaître : en 2006, la société Smictom

a obtenu l’autorisation d’y construire une usine de

broyage et compostage d’ordures ménagères d’une

surface de plus de 11 000 mètres carrés, de vingt

mètres de hauteur. Deux associations, SOS Brocéliande

et Sauvegarde de Brocéliande, supportées par une

cinquantaine de particuliers, ont déposé un recours

au tribunal administratif de Rennes pour contester

la légalité du permis de construire. Le 24 août dernier,

les travaux ont été stoppés, les associations ayant réussi

à prouver que le permis de construire n’était pas légal.

L’Etat a été condamné à dédommager les associations.

Jean-Pierre Le Thiec, président de SOS Brocéliande,

commente cette levée de boucliers : « La forêt de

Brocéliande est classée "zone naturelle d’intérêt

écologique". Malgré cela, n’a été réalisée aucune

étude sur les dégradations environnementales, aucune

enquête auprès des habitants, aucun rapport sur les

lieux avoisinant l’usine. » Smictom ayant déposé un

deuxième permis de construire, les défenseurs du bois se

retroussent les manches.


Morgane, fée libérée

Du haut d’un Moyen Age mythologique, Brocéliande

l’épaisse s’est depuis presque domestiquée : furent

extraits de ses entrailles des minerais de fer, furent

brûlées ses branches pour faire du charbon. Ses plus

grands arbres, plusieurs fois centenaires, se sont éteints

avant 1850 dans les fourneaux des forges. Autour de

moi, dans la clarté d’une lune pleine, je ne vois pas à dix

mètres, dans la noirceur des taillis. Pourtant, j’écarquille

les yeux au moindre bruit. Serait-ce Morgane, la fée

guerrière, dont l’ancien nom celtique est « Morrigan » ?

Morgane, qui fit construire son château au coeur

de Brocéliande pour y étudier, dit-on, la magie et la

nécromancie ?


Depuis l’immémoriale époque celte, le folklore breton

(également nommé « la Matière de Bretagne ») est

imprégné de cette vénération de la mort. On raconte

que sur les chemins de Brocéliande roule, la nuit, une

charrette grinçante. Celui qui l’entend ou l’aperçoit

ne revient pas vivant. Je tends l’oreille. Morgane, fée

de la mort, n’était pas mariée et choisissait ses amants

parmi de jeunes combattants. Le XIXe siècle puritain est

passé par-dessus cette légende, faisant d’elle une femme

corrompue et dangereuse, ayant couché avec son père.

Dans le roman de Chrétien de Troyes, Morgane apparaît

surtout comme une femme libre.


Dans la forêt lointaine

Un gland tombe à côté de moi. Mon coeur s’arrête.

Il faut que je m’habitue car il pleut des glands toutes

les deux minutes. Au loin, un long mugissement : le

brame d’un cerf mâle marquant son territoire pendant

la période des amours. Que disait Claudine Glot à

propos de ce noble animal ? « Merlin l’Enchanteur

avait la particularité de se déplacer très vite dans la forêt,

qui lui obéissait. Il prenait l’apparence d’un cerf pour

aller conseiller. » Merlin, moitié dieu, moitié homme,

pouvait faiblir pour l’amour d’une femme. Pour celui de

Viviane, dont il restera éperdument amoureux, il bâtit

un immense palais sous les eaux d’un lac, où il se fera

enfermer pour toujours.


Est-ce alors le souffle de Merlin, dans le froissement des

feuilles ? La nuit où l’Enchanteur entraîna Arthur et ses

Chevaliers, de Grande-Bretagne jusqu’ici, était, paraît-il,

celle de Noël. Merlin dévoila que le Saint Graal, cette

coupe merveilleuse contenant le sang du Christ, avait

été transporté en Petite Bretagne et qu’on avait perdu sa

trace. Ainsi, Lancelot, Gauvain, Perceval, Yvain et tant

d’autres partirent à sa recherche pour le ramener au

château de Carduel. « La forêt est le lieu du merveilleux,

continue notre conteuse, à la fois magnifique et terrible.

C’est un lieu de passage entre les vivants et les morts,

entre les fées, les esprits et les humains. Dans les légendes

arthuriennes, celui qui a le courage d’affronter la forêt

– c’est le lieu de toutes nos angoisses, de nos peurs les plus

profondes – trouvera la richesse et la fortune. »


Il est 1h36. Cela fait cinq heures que je scrute tant de

noir. Pas de fées pour ce soir mais d’effrayants bruits

d’animaux. Je reviendrai guetter les fées au solstice

d’été, près des cours d’eau. Sauf si, d’ici là, une décharge

remplace la forêt.

Texte Estelle Cintas (à Brocéliande)

Photographie Mélanie Magassa

A Lire sur le sujet : Claudine Glot et Marie Tanneux

Contes et légendes de Brocéliande (Éd. Ouest France)

4 commentaires:

Alex d'Aix a dit…

Standard a l'air tout sauf standard…

tête de linote (petitboss) a dit…

Tu as le numéro de téléphone de Morgane ? :P

EC a dit…

@Alex : Oui, c'est un magazine un peu... décalé!

PetitBoss : Nan, j'ai galéré avec l'attachée de presse et ya pas moyen. Morgane est OVER BOOKEE en ce moment.

tête de linote (petitboss) a dit…

féch… je vais mettre une annonce dans Libé et dans le Chasseur français :P