
La huerta de San Vicente fût un hâvre, sûrement, pour le poète Lorca, tandis que s’agitaient jusqu’aux tréfonds de l’Espagne quelques “sanglots longs de violons automnaux”. La république bouillait, en danger, les nationalistes, ceux qui deviendront les franquistes, s’agitaient tout autant. Et voici Grenade une nouvelle fois plongée dans l’Histoire, comme tant de siècles en arrière lorsque la pression catholique au XVe se fit étreinte insoutenable et jusqu’à Boabdil, dernier sultan d’Al-Andalus, du Royaume de Grenade qui remit les clés de la ville à Isabelle la Catholique et Ferdinand d’Aragon. Boabdil, sommé de “pleurer comme une femme ce qu’il n’avait pas su protéger comme un homme”. Mais c’est toute l’Espagne qui pleure Garcia Lorca de n’avoir pas su le protéger. Garcia Lorca, assassiné par simple calcul politique d’un chefaillon local si l’on en croit les dernières révélations de l’écrivain Ian Gibson (“El Hombre que detuvo a Garcia Lorca”, éd. Aguilar, sept. 2007), au bout d’une nuit de prison en compagnie - comment pouvait-il en être autrement - d’un torero et d’un bandillero, dans uen forêt qui ne vit pas le soleil se lever ce jour là, à une portée de fusil de l’Albaicin, du côté de Viznar. Et toute l’Espagne, ce matin là, très vite, qui se réveille, la nouvelle fusant à la surface du pays comme une traînée de poudre stupéfiante, et toute l’Espagne qui prend alors immédiatement conscience du crime, fascistes compris, sauf les plus obtus et incultes naturellement, qui mesure l’incongruité de ce geste stupide. Mais on avait bien assassiné Jaurès, pourquoi pas Lorca ? Sous les murailles de l’Alhambra, dans sa Carmen aux volets bleus, les Carmen, ces maisons typiques de Grenade articulées autour d’un jardin reposant, Manuel de Falla ne rêvait pas encore à Buenos Aires, mais il devrait voir, la ville n’était pas gonflée comme aujourd’hui, il devait voir la maison de son ami Federico, depuis cette petite maison où Manuel et sa soeur vivaient simplement pour la musique, et la poésie, de Federico, notamment.
1 commentaire:
Ouh, la triste mort de Lorca, une sale mort...
Enregistrer un commentaire