lundi 4 février 2008

Calle Angulo, n° uno (troisième épisode)

Je sais maintenant pourquoi je suis descendu à Grenade, c’est par l’innocente faute de ces photographies de hauts lieux du tourisme et de la culture mondiaux qui égayaient les compartiments des trains il y a encore une vingtaine d’années de cela puisque j’étais alors lycéen. Je dois donc mon envie de Grenade très probablement à ces vues de l’Alhambra exubérante sur papier noir et blanc, entre les photographies du Mont-Saint-Michel, du viaduc de Gabarit ou du Pont du Gard.

L’Alhambra écrase la ville de sa superbe, légèrement retranchée derrière un rideau d’arbres, elle reste prête à tous les sièges, à toutes les avanies, silencieuse et sage, forte de son histoire millénaire et des trésors qu’elle garde en son sein, des conspiratiosn et des amours qu’elle a abrité. Il n’est guère utile de rajouter aux superlatifs quant à cette forteresse parcourue chaque année par des hordes de touristes plus ou moins polis, plus ou moins japonais, qui sont obligés de pointer à heure fixe pour entrer dans les palais Nasrides ou prendre la queue afin de contempler les jardins suspendus de la Generalife où l’eau jaillit de toute part sous la simple mais universelle gravitation. Soyons gré aux souverains d’Espagne d’avoir fait leur ces palais, de les avoir protégés, conservés, menagés plutôt que de les mettre bas. Soyons gré à Charles Quint d’avoir voulu construire un autre palais qui trône complètement incongru et lourdingue, qui roule des épaules sans parvenir à être crédible au milieu de l’espace plutôt que de saccager le leg des arabes.

Mais c’est donc au numéro un de cette rue Angulo, transformée depuis en hôtel, dans cette maison appartenant au chef de la phalange, de ses amis pourtant, que s’était réfugié Federico Garcia Loca, icône de l’Espagne toute entière, adulé mais aussi “rojo”, rouge, suppôt de Moscou, agitateur forcément, c’est ici qu’il s’était réfugié après avoir senti le vent du boulet passer en sa maison, la Huerta Sant Vicenta, distance d’un petit quart d’heure de marche et ceinte alors de vergers, maison toujours ouverte au coeur du parc qui porte le nom du poète mais dont la visite n’apporte rien, ou si peu, quant à la connaissance qu’il est possible d’acquérir sur Federico, sinon par l’écho donné à son œuvre par les artistes contemporains dont les travaux figurent en bonne place au rez de chaussée et à l’étage.

1 commentaire:

Alex d'Aix a dit…

Merci pour ce voyage par procuration (tes mots, tes photos). Moi aussi l'Alhambra me fait rêver et m'attire comme un mythe à redécouvrir.
Beaucoup d'infos dans tes longues… phrases. Je m'y perds un peu parfois.