dimanche 3 février 2008

Calle Angulo, n° uno (deuxième épisode)

Nous sommes à Grenade, en janvier, il fait frais et froid le matin mais doux dans la journée, au soleil qui fait luir un pleu plus loin les flancs généreux et couverts de neige de la Sierra Nevada, fidèle aux cartes postales disséminées de part le monde depuis les boites à lettre en forme de tête de lion de la ville.Le centre ville est dense clair lisible, comme si le temps avait marqué les frontières de son ouvrage.

Ici, avec la rue Elvira, haut lieu des nuits grenadines prend fin la Grenade médiévale, les quartiers Arabe et juif, qui isolent le quartier gitan repoussé en périphérie sur les collines acariâtres qui ceignent la ville en son Est. Tandis qu’au sud et à l’Ouest, la ville moderne, bâtie à l’espagnole, avec force logement collectif, contente ses appétits d’espace en grignotant la plaine place sous la surveillance de la forteresse. Flâner à Grenade en ouvrant les yeux et les oreilles revient à plonger dans l’histoire de l’occident pour aller flirter avec quelques unes de ses aspérités, des ses moments les plus glorieux comme des plus tragiques. Symbolique, le vaste momument situé au terme de la Gran Via Colon, met en scène et en cuivre la grande Isabelle la Catholique, assise sur son trône et sur un coussin de travers, couverte de merde de pigeon, se faisant expliquer par Christophe Colomb l’essence de son projet, de son ambition folle.

Retournement cynique de l’histoire, ou facétie d’urbaniste, le monument est aujourd’hui cerné d’un flot de voitures - enserré dans un de ces ronds points qui vous fait paraître stupide à la moindre incartade - tout comme le voyage de Colomb vers les Indes allaient commencer de cerner la terre entière.

Traîner ses savates dans l’ancien souk, contre lequel la cathédrale colossale vient buter, impose de prendre en considération que Grenade fut, plus de sept siècles durant, sous gouvernance musulmane, liée à Damas l'orientale, que l’art et l’Islam ont laissé des joyaux au cœur même de la hautaine Alhambra. Des églises d’ailleurs, Grenade en compte presque une à chaque coin de rue. À tel point qu’elles semblent former l’ossature même du tissus urbain, la revanche du catholocisme, toujours influent dans le pays, fut telle qu’elle a presque évincée toutes les autres religions depuis lors. La Mosquée a disparu, à sa place, la cathédrale en impose arborant en façade, au dessus d’une de ses portes, une inscription sans équivoque qui rappelle que seul le patronnage de la foi et de la justice a pu permettre l’expulsion des musulmans d’Espagne, en 1492.

(à suivre, si ça vous intéresse)

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