Fonds monétaire international, Banque mondiale, ONU… Les grandes institutions mondiales commencent de paniquer face à la multiplication des "émeutes de la faim" sur la planète et leur inquiétude est largement relayée ces jours-ci par la presse. Surgissant dans les pays les plus malmenés, les émeutes semblent avoir de beaux jours devant elles, malheureusement. Avec pour cause première la fermeté des prix des matières premières agricoles. « Ce qui survient est une catastrophe principalement pour les populations citadines du Sud » estime Lucien Bourgeois directeur des études économiques de l'Assemblée permanente des Chambres d'agriculture.Le tableau dressé est souvent noir qui entrevoit une déstabilisation politique d'une bonne partie des pays les moins développés par le seul fait de la hausse des prix alimentaires qui pourrait plonger 1,2 milliards de personnes dans la misère. Phénomène amplifié par la dépréciation du dollar américain qui risque de toucher la Chine et le Japon. « Tous les éléments de la croissance sont pourtant là, portée par la démographie ou le développement économique de l'Asie, Chine comprise » regrette en substance Jacques Le Cacheux, chercheur à l'Observatoire français des conjonctures économiques. « La clé du problème réside dans l'élasticité de l'offre. Si nous avons en Europe quelques moyens d'ajustements, l'offre de terres agricoles la plus conséquente est située en Amérique du Sud, et au Brésil notamment » précise-t-il encore.
Haro sur les biocarburants
Largement montrés du doigts comme étant le principal facteur de troubles, les biocarburants ne sont finalement pas les seuls responsables. « Avec un prix du pétrole à 100 $ il est clair qu'ils représentent une alternative incontournable, même sans incitation fiscale » juge Jean-Marc Boussard (labo Mona, Inra Ivry). « Si le pétrole reste à ce niveau de prix, alors la tension sera très forte sur les produits alimentaires prévient-il. Pour Lucien Bourgeois, l'accent mis sur les biocarburants aux USA notamment, qui vont y consacrer près de 140 millions de tonnes de céréales cette année, a une visée purement stratégique.
« Il s'agissait pour les États-Unis de montrer à Hugo Chavez et à l'Iran qu'ils n'avaient pas peur » avant d'ajouter « les USA ont une stratégie économique cohérente, ils avaient procédé de la même manière dans les années 70 alors que confrontés à une crise économique intense en pleine guerre du Viet-Nam, comme aujourd'hui avec les subprimes, ils ont décroché le dollar de l'or. » Reste que les conflits d'usages annoncés pour le terres agricoles sont devenus réalité.Dénonciation
Mais les trois chercheurs s'entendent surtout pour fustiger l'absence d'organisation, la loi du marché dérégulé, et appellent les gouvernements à reprendre la main. « Dans tous les pays, les prix ont tellement baissé ces dernières années que les agriculteurs se sont découragés… Il faudrait que les gouvernements reprennent les choses en main, qu’on réinstalle des systèmes de régulation de l’offre agricole, comme il en existait dans les années 1930 ou 1950 même s’ils avaient des défauts. C’est une hérésie de compter sur le marché pour réguler les produits agricoles » tempête Jean-Marc Boussard. Là est le fond de la question et la réponse relève bien plus du politique que de l'économie pure.
2 commentaires:
donc, retour aux bonnes vieilles méthodes keynésiennes? l'OMC devra jouer le jeu. Même si dans cette histoire le biocarburant est le bouc-émissaire, je reste septique quant à une alternative écologique pour faire face au manque de pétrole : davantage de blé = davantage d'engrais? De ce côté là, il faudra réglementer aussi sec!
La solution est plutôt dans les carburants de seconde (deuxième ?) génération produits à partir de biomasse ou de déchets ligneux ;)
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